23.09.2009
La chaîne où l’on se livre
Françoise m’a gentiment taguée. Il est donc question de se livrer, un peu, en répondant à 18 questions que vous retrouverez ici.

Le rouge me monte au joues au souvenir des nombreuses pages généreusement cornées des livres de mon enfance. Il faut dire que nous étions quatre sœurs à nous les partager. Chacune savait que le marque pages ne tiendrait pas deux heures après qu’elle aurait lâché l’objet magique. Il a suffi que je quitte le cocon familial pour marquer mes passages préférés d’une photo, d’un ticket de métro, d’un superbe signet ou d’une carte de visite.
Je me souviens encore du premier ouvrage que l’on m’a offert, une collection rouge et or, « Les malheurs de Sophie » de la Comtesse de Ségur . Jusque là, je n’en possédais (personnellement) qu’un dont je ne me rappelle plus le titre, ni le contenu, C’était mon prix, un grand livre rouge, remis par la directrice de l’école à la fête de fin d’année … Le prix de bonne camaraderie !
Aujourd’hui, si l’instant bain n’est pas propice à la lecture d’une série à plusieurs tomes, il m’arrive cependant de préparer une revue près de la baignoire, avec le secret espoir de lire un article pendant la pose d’un masque de beauté, ou en attendant que sèche mon vernis à ongles. La plupart du temps, je n’ai même pas une minute pour poser le masque de beauté.

Alors, pour lire les séries comme « Dune » de Franck Herbert, par exemple, j’ai besoin de plus de temps, de tranquillité, de paix… Et puis…après trois ou quatre tomes, je prends régulièrement conscience que l’œuvre a perdu tout ce qui m’avait séduite au premier volume… Et je m’arrête là. Je ne suis pas endurante en lecture, j’ai besoin de gourmandise pour lire.
Voilà plus de 20 ans que j’annonce qu’à la retraite… J’apprendrai à écrire !
Aussi loin que je m’en souvienne, j’écris dès que j’ai quelque chose à exprimer ou quand je suis témoin de scènes ou d’évènements originaux, de situations qui m’intéressent, qui ont une particularité que je veux conserver en mémoire. J’ai des notes partout ! Et je découvre ici ou là un petit carnet rédigé lorsque j’avais 15 ans, un conte pour enfants écrit à 20 ans et illustré par une amie, quelques nouvelles, quelques scènes cocasses gribouillées sur une page arrachée ou le dos d’une enveloppe et dont je suis seule à comprendre le sens tant je code mes notes lorsque je n’ai pas de papier sous la main.
J’ai aussi quelques disques durs ou disquettes plus ou moins bien conservés où j’ai parfois le regret de découvrir qu’un passage a été effacé.
J’ai aussi expérimenté l’écriture dans l’objectif d’écrire un livre… Plusieurs fois… Il y a quelques années, j’ai osé montrer mon travail à un ami professeur de Français qui m’a rassurée et guidée. J’ai pourtant interrompu ce premier manuscrit parce que la jeune fille à qui je le dédiais... s’en est allée … Et je ne m’en suis pas remise.
Plus tard, j’ai tenté quelques exercices de style. j’en garde quelques nouvelles dont je ne suis pas toujours très fière. Et puis… J’ai découvert le monde de la politique et je m’y suis remise. J’ai donc écrit « un livre » suffisamment étoffé pour intéresser un éditeur qui a pris connaissance du manuscrit. Et puis… J’ai évolué… Je l’ai relu et j’ai eu envie de faire mieux… Et puis… C’est le temps qui manque.
Je prête mes livres en sachant qu’on ne me les rendra pas. Ma bibliothèque se vide au fur et à mesure que je la remplis et que mon fils agrandit la sienne.
Il y a un livre dans ma bibliothèque qui perd ses pages dès que je l’ouvre. Ce n’est même plus la peine de les recoller. C’est un petit livre de poche que j’ai acheté chez un bouquiniste du cours Julien… Je rencontre ainsi mes lectures, en flânant dans les bibliothèques, les librairies, ou chez les bouquinistes. Il m’arrive d’y entrer dans un but précis et, au fil des rayons, des titres, des mots lus ici ou là, ou en ouvrant un livre au hasard, j’oublie l’objet de ma visite… Et c’est ainsi que j’ai rencontré "Nadja" d’André Breton. Ce petit Folio était déjà en bien mauvais état. . Il s’est ouvert à la page 77 et j’ai lu :
« Ce que Nadja fait à Paris, mais elle se le demande. Oui, le soir, vers sept heures, elle aime à se trouver dans un compartiment de seconde du métro. La plupart des voyageurs sont des gens qui ont fini leur travail. Elle s’assied parmi eux, elle cherche à surprendre sur leurs visages ce qui peut bien faire l’objet de leur préoccupation. Ils pensent forcément à ce qu’ils viennent de laisser jusqu’à demain, seulement jusqu’à demain, et aussi à ce qui les attend ce soir, qui les déride ou les rend encore plus soucieux. Nadja fixe quelque chose en l’air : « Il y a de braves gens. »

J’avoue oublier souvent le nom de l’auteur. Je le rencontre a travers ses écrits et cela me suffit. Après une lecture cursive, je fais une relecture et parfois même beaucoup plus au fil des ans. Et je découvre à chaque fois un peu plus. Je parle rarement de œuvres que j’ai lues, je ne sais pas en parler. Et je les offre sans commentaire, juste pour laisser l’autre les vivre à sa façon
J’aime ces soirées en solitaire, dans le silence de la maisonnée, assise dans un bon fauteuil devant la cheminée, en compagnie d’un bon livre. Et oui ! ce fauteuil est témoin de certaines soirées passées à lire aussi quelque roman libertin dont je n’avouerai pas ici le titre.

Et je ne peux imaginer ce que serait un livre idéal car ils le sont tous au moment où je les désire, où je plonge dans les pages qui m’emportent dans un ailleurs qui me ravit.
Je peux aussi parcourir quelque best seller politique en dévorant un sandwich à la terrasse d’un café , pendant la pause déjeuner.
De plus, lorsque j’entame la lecture d’un roman, même le sommeil ne m’empêche pas de l'achever. Je le lis jusqu’au bout! Pourtant, je dois avouer que deux ou trois bouquins ont eu sur moi un effet soporifique certain : un "essai sur les voyages " à l’époque de mes études et « La Montagne de l’âme » de Gao Xingjian. Je ne sais pas pourquoi !
Aussi, je les lisais volontairement les soirs où je ne trouvais pas le sommeil et je les ai offerts généreusement à quelques insomniaques de mes amis sans avoir jamais pu dépasser la page 147…
Pour ce soir, j’ai posé un livre sur la table, ouvert à la page cornée 164 :
« Ce qui fait que peu de personnes sont agréables dans la conversation, c’est que chacun songe plus à ce qu’il a dessein de dire qu’à ce que les autres disent, et que l’on n’écoute guère quand on a bien envie de parler… »
Sentences et maximes de Morale par Monsieur De La Rochefoucauld 1663
Au tour de Dr No , Walid , Eric et de Lucia et Fabio
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